Flowers

 

Ce n'est pas un hasard si Emmanuel Lesgourgues après cette série État Intermédiaire 2 se risque dans Flowers, à nous remémorer un paradis perdu à partir de fleurs. Paradis qui vient du grec « Paradeisos » qui dans la Bible, signifie « jardin clos entouré de murs où poussent toutes sortes de plantes et de fleurs ». Ce jardin biblique doit symboliser la félicité et le bonheur. Les fleurs dans cette série sont fortement marquées par l'exotisme dont les pétales nous rappellent la délicate poésie des orchidées sur leurs tiges ou la fragile beauté des campanules. Fleurs dont les pétales se déploient dans toutes les nuances de rouge, rose, orangé, violet, nous sommant de regarder avec plus de tendresse et complétude leur nature. Nous avons affaire dans Flowers à des échos de l'anthurium, l'heliconia, la strelitzia, l'etlingera elatior, l'hibiscus, la passiflora...en quelque sorte des spécimens d'une rare beauté de ces fragrances exotiques. La fleur représente l'organe de reproduction chez les plantes, la corolle formée par l'ensemble de ses pétales est l'image érotique de la sexualité; toutes ces métaphores sont très présentes dans les différentes séries chez Emmanuel Lesgourgues.

Dans la tradition picturale, la nature morte ("still life" en anglais, ce qui est immobile mais vivant), comme les bouquets ainsi que les jardins de fleurs ont toujours été une interrogation et une fascination pour de très grands artistes. Nous pourrions citer Vincent van Gogh avec ses tournesols, Gustav Klimt avec le jardin de cottage, le jardin de tournesols. Claude Monet et le bouquet de tournesols, Pierre-Auguste Renoir le grand vase avec fleurs et en remontant davantage dans le temps nous pourrions nommer Albrecht Dürer avec Columbine dont la composition pourrait se rapprocher de la série Flowers. Plus proche de nous encore, les pots de fleurs de Gérard Gasiorowski, la mélancolie des glaïeuls de Damien Cabanes. Banksy a réalisé l’une de ses fresques les plus célèbres sur le mur de la frontière israëlo-palestienne à Jérusalem. Dans sa main un bouquet de fleurs à la place d'un pavé. Les fleurs prises au piège de la glace avec les sculptures d’Azuma Makoto. Et bien sûr, le controversé Bouquet de tulipes de Jeff Koons inauguré à Paris. 

Contrairement aux natures mortes et les vanités qui les accompagnent, la représentation florale relève d'une autre symbolique. Depuis l'antiquité, l'image de la fleur est associée à l'idée de la brièveté de la vie, de la beauté et des Vertus. Les fleurs sont souvent associées aussi au culte des dieux. Dans Le Cantique des cantiques, le jardin clos (Hortus conclusus) magnifie le couple, métaphore de l’amour de Dieu. 

Nous pouvons faire le constat présent que dans toutes les séries depuis Vert solitaire jusqu'à Flowers, nous retrouvons tout l'esprit et la cohérence des extensions artistiques de Desseins. 

Desseins, la source féconde de tout le travail d'Emmanuel Lesgourgues.

 

En mettant en perspective, Transgenose, État intermédiaire 1, État Intermédiaire 2, Flowers, toutes ces configurations artistiques n'appartiennent pas à une technique de la mimésis, même si Flowers peut entretenir une filiation ambiguë à cette tradition. Emmanuel Lesgourgues crée des univers complètement artificiels, nous pourrions même avancer que l'imitation de la nature est loin de ses préoccupations. Sa prétention est certainement d'ignorer cette nature comme modèle afin de s'inspirer que de ceux créés dans la série Desseins. Il fabrique ainsi de nouveaux paradigmes cellulaires artificiels qu'il peut à volonté dupliquer comme la nature le fait dans son processus de développement. En quelque sorte il utilise de celle-ci, la puissance de création pour un engendrement créatif infini. Tel serait "le work in progress" d'Emmanuel Lesgourgues.

Texte de Jean-Claude Thevenin / mars 2020